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Enseignement du Conseil national 2018

By 22 mars 2018 No Comments
Conseil national des Équipes du Rosaire 2018

MARIE, MÈRE DE LA MISSION

Intervention des frères Arnaud Blunat et Jean Pierre Brice Olivier

1) La mission n’est pas réservée seulement à une élite de chrétiens. Elle doit pouvoir associer tous les baptisés. Une mission pour tous, qui était particulièrement chère au Père Eyquem. Celui-ci estimait qu’avec l’aide de l’Ordre dominicain, les membres des Équipes du Rosaire devaient devenir  des “prêcheurs”.

« Les Équipes du Rosaire sont pour moi comme une épiphanie de l’Ordre de saint Dominique. Je crois de toute mon âme qu’en suscitant saint Dominique, l’Esprit Saint a fait jaillir dans l’Église une source d’eau vive, un charisme permanent, comme on dit aujourd’hui, dont la caractéristique est d’annoncer l’Évangile à la manière des apôtres, simple, populaire, accessible à tous. […] La vraie vocation des Équipes du Rosaire est en effet d’entrainer dans une prédication de la foi pas seulement une élite de laïcs ayant reçu une culture religieuse importante, mais une masse de chrétiens pas tellement instruits, pas nécessairement meilleurs que les autres, mais qui recevant de l’intérieur l’impulsion spirituelle d’un Ordre dont la mission est de prêcher, deviennent à leur tour, dans un climat de prière, des prêcheurs. » (Conseil national du 2 avril 1974).

Prêcher, c’est d’une manière générale pouvoir parler de l’évangile, exprimer simplement sa foi, être en mesure de répondre à celui qui nous interpelle et à celui qui nous conteste, en témoignant de l’attachement que nous avons pour le Christ, de cette parole qui nous fait vivre, parce qu’elle nous a un jour touchée, bouleversée. Mais parler ainsi de la foi nous oblige à nous interroger sur le lien entre notre foi et notre vie chrétienne.

2) La mission prend sa source dans les vertus chrétiennes.

Il y aurait contradiction à prétendre vivre les vertus chrétiennes de Foi, d’Espérance et de Charité, sans participer à la mission, sans partager ce que l’on reçoit et vit avec l’aide de la grâce de Dieu.

L’Esprit anime en nous la Foi, l’Espérance et la Charité. L’Esprit du Père conforte et réconforte notre Foi. L’Esprit du Fils stimule notre Charité, esprit de service, de don de soi qui va jusqu’au partage de notre propre vie. L’Esprit Saint enflamme, brûle sans consumer, comme le buisson de Moïse. Il fait de nous des buissons ardents.

L’acte de Foi. La Foi en acte, active et concrète.

La Foi se témoigne auprès de tous ceux que nous croisons. Croire et célébrer entre croyants ne suffisent pas, nous voulons partager ce trésor qui nous habite. L’amour implique de se donner et nous n’avons de cesse de vouloir entrainer avec nous ceux qui nous sont proches, mais aussi tous les autres. Connaître Dieu nous pousse à le faire connaître, par la parole et par l’exemple, l’un ou l’autre, l’un et l’autre suivant les circonstances. Nous avons conscience d’être les bénéficiaires de cette grâce considérable et nous désirons le montrer. Notre témoignage s’exprime le plus souvent par le service humble et discret, de l’autre, de sa vie…

On pourrait penser à l’épisode du paralytique où se révèle la Foi des porteurs, et c’est cette Foi qui provoque le miracle.

L’acte d’Espérance. L’Espérance en acte, active et concrète.

Je partage aux personnes que je rencontre mon Espérance dans l’amour de Dieu, dans son pardon et dans le salut qu’il m’offre, en même temps que le don de sa vie qui est éternelle. Mais je partage également l’Espérance que Dieu a en chaque personne. Dieu espère en chaque être humain jusqu’au bout. Je suis invité moi aussi à croire que l’autre ne se réduit pas à ce que je perçois de lui, ni à ce qu’il perçoit de lui-même. J’espère dans sa capacité à avancer. Espérer contre toute espérance, comme Jésus avec les pécheurs, Zachée, Madeleine, le larron, Paul de Tarse, Pierre…

L’acte de Charité. La Charité en acte, active et concrète.

La Charité n’est pas réservée aux œuvres et aux associations de bienfaisance, elle est première dans ma vie chrétienne. C’est ce que nous rappelle saint Paul dans l’hymne à la charité : « j’aurais beau avoir toute la foi jusqu’à transporter les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. J’aurais beau distribuer toute ma fortune aux affamés, j’aurais beau me faire brûler vif, s’il me manque l’amour, cela ne me sert à rien. » 1 Corinthiens 13, 2.

Notre foi et notre espérance se partagent, pour servir les autres, très concrètement, simplement, efficacement. Donner à manger, à boire, vêtir celui qui est nu, visiter le malade et le prisonnier… Ce que l’Écriture et la Tradition nomment la Charité nous devient familier. Nous-nous sentons la mission de venir en aide, de soulager, d’aider les personnes que nous rencontrons. Nous voulons nous faire proches, prochains de ceux que nous côtoyons. Cette Charité n’est pas un sentiment, elle n’est pas abstraite, mais elle se concrétise par plein d’actes généreux petits ou grands. La mission fait partie de notre être chrétien.

Bénéficier du don de la foi nous rend missionnaires, partager la Foi et l’Espérance par la Charité.

3) Ainsi, tout baptisé est un disciple-missionnaire, comme le souligne le Pape François dans L’Exhortation apostolique « Evangelii Gaudium » la joie de l’Évangile – § 120 et 127 (24 novembre 2013).

« En vertu du Baptême reçu, chaque membre du Peuple de Dieu est devenu disciple missionnaire (Matthieu 28, 19). Chaque baptisé, quelle que soit sa fonction dans l’Église et le niveau d’instruction de sa foi, est un sujet actif de l’évangélisation (…) Cette conviction se transforme en un appel adressé à chaque chrétien, pour que personne ne renonce à son engagement pour l’évangélisation, car s’il a vraiment fait l’expérience de l’amour de Dieu qui le sauve, il n’a pas besoin de beaucoup de temps de préparation pour aller l’annoncer, il ne peut pas attendre d’avoir reçu beaucoup de leçons ou de longues instructions. Tout chrétien est missionnaire dans la mesure où il a rencontré l’amour de Dieu en Jésus Christ » (120)

C’est bien notre expérience dans les équipes. Nous nous prêchons les uns aux autres lorsque nous méditons ensemble le feuillet et lorsque nous partageons sur notre foi et notre vie.  De même chaque fois que la chaise du prochain est occupée par une nouvelle personne.

Mais notre mission se passe également dans la vie de tous les jours, un peu en toute circonstance, au hasard des rencontres, aux travers des échanges. C’est ce que le Pape appelle la prédication informelle.

« C’est la prédication informelle que l’on peut réaliser dans une conversation, et c’est aussi celle que fait un missionnaire quand il visite une maison. Être disciple c’est avoir la disposition permanente de porter l’amour de Jésus aux autres, et cela se fait spontanément en tout lieu : dans la rue, sur la place, au travail, en chemin ». (127)

Le Pape évoque l’exemple de la Samaritaine qui retourne en courant au village pour témoigner de cet homme qu’elle a rencontrée et qu’elle sait être le Christ, le Messie.  Il y a en cette femme un élan missionnaire, doublée d’une audace incroyable, et d’une joie communicative. Ce qui est plus surprenant, c’est la réaction des habitants de Samarie qui la croient, alors qu’elle était être plutôt une femme exclue.

On se prend à rêver de pouvoir susciter un même enthousiasme à travers notre témoignage. Il peut y avoir des occasions d’éveiller l’attention, l’intérêt de tel ou tel, qui visiblement est en recherche, qui attend une parole engagée.

4) Cette mission est indissociable d’une attention aux plus pauvres (EG 197- 198 + 199 et 200)

Le Pape redit que Jésus lui-même s’est fait pauvre : «  Les pauvres ont une place de choix dans le cœur de Dieu, au point que lui même « s’est fait pauvre » (2 Corinthiens 8, 9). Tout le chemin de notre rédemption est marqué par les pauvres. Ce salut est venu jusqu’à nous à travers le « oui » d’une humble jeune fille d’un petit village perdu dans la périphérie d’un grand empire. Le Sauveur est né dans une mangeoire, parmi les animaux, comme cela arrivait pour les enfants des plus pauvres ; il a été présenté au temple avec deux colombes, l’offrande de ceux qui ne pouvaient pas se permettre de payer un agneau (Luc 2, 24 ; Lévitique 5, 7) ; il a grandi dans une maison de simples travailleurs et a travaillé de ses mains pour gagner son pain… »

Le Pape poursuit en disant : « Je désire une Église pauvre pour les pauvres. Ils ont beaucoup à nous enseigner. Il est nécessaire que tous nous nous laissions évangéliser par eux. Nous sommes appelés à découvrir le Christ en eux ».

Les Équipes du Rosaire, nous le savons bien, réunissent des pauvres au milieu d’autres pauvres… C’est le rappel de Saint Paul aux Corinthiens (1 Co 1, 26-29) : Frères, vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien : parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance. Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est ; ainsi aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu.

La pauvreté est une école d’humanité qui nous aide à être le prochain de chaque personne. Et la pauvreté est un témoignage qui parle de Dieu, lui qui s’est fait pauvre pour nous rejoindre. L’attention aux plus pauvres doit se vivre entre nous en équipe, autant que dans la vie ordinaire. Elle doit être notre souci de responsables et aumôniers des Équipes du Rosaire, de sorte que notre attitude et notre parole rejoignent les plus petits. Nous sommes invités par la Pape à valoriser le pauvre dans sa bonté, dans sa manière d’être… Le souci des responsables et des aumôniers est aussi celui de donner la parole aux plus modestes et aux plus humbles d’entre nous, parce que ce sont eux qui en premier nous enseignent le véritable évangile. Il est important de savoir écouter ces témoignages et de ne pas empêcher leur expression. « La pire des discriminations, c’est le manque d’attention spirituelle » (EG 200)

5) La mission se manifeste aussi par la force de l’intercession (EG 281-282).

Nous connaissons la force et le réconfort de la prière d’intercession… mais aussi de l’action de grâce… Porter les autres dans notre prière, rendre grâce pour ce que Dieu fait pour chacun, et le leur dire. Le Pape François évoque le témoignage de Saint Paul : en tout temps et dans toutes mes prières, je vous porte dans mon cœur.

Prier pour les autres, c’est les regarder avec amour et tendresse, on pourrait dire que c’est les considérer avec le regard de Dieu, et donc avoir pour eux une grande miséricorde. Cependant il faut pouvoir aussi manifester cette véritable sollicitude non seulement par des paroles, mais encore par des attitudes, des démarches qui traduisent l’attention que nous avons pour les autres, notre empressement à les soutenir et à les encourager. Certaines personnes ont vraiment cette qualité d’attention, d’empathie, de compassion, qui peut servir d’exemple, même si elles sont très discrètes, à l’exemple de Marie.

6) Marie participe à la mission de l’Église. (EG 284)

« Avec l’Esprit Saint, il y a toujours Marie au milieu du peuple. Elle était avec les disciples pour l’invoquer (Actes 1, 14) () Elle est la Mère de l’Église évangélisatrice et sans elle nous n’arrivons pas à comprendre pleinement l’esprit de la nouvelle évangélisation ». (284)

On voit bien comment la mission de l’Église a été rendue féconde par la présence de Marie.

La discrète mention dans les Actes des Apôtres, (1, 14) Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères, suffit à comprendre que son rôle ne s’est pas arrêté au soir du vendredi saint. Marie accompagne les croyants sur la terre. Elle a stimulé la mission de l’Église au fil des siècles. Elle a été choisie comme patronne de la plupart des ordres et congrégations. Le Pape François a décidé de faire du lundi de Pentecôte la fête de « Marie Mère de l’Église ».

Les Équipes du Rosaire, c’est l’Évangile avec Marie : apprendre à connaître le Christ par les yeux et le cœur de sa mère. L’évangile nous montre Marie toujours « active » : à l’Annonciation, elle accueille le Saint Esprit et répond favorablement à Dieu qui lui demande de collaborer à son plan de Salut pour l’humanité ; à la Visitation, elle s’empresse auprès de sa vieille cousine enceinte ; à Cana, elle se soucie de la réussite de la noce et intercède auprès de Jésus ; à la croix, elle reçoit de son Fils la charge d’être « mère » des disciples ; à la Pentecôte, elle est unie aux apôtres pour leur mission d’évangélisation. La fécondité de la mission vient donc aussi  par elle.

7) L’activité missionnaire de l’Église est marquée par un “style marial” comme le dit le Pape François (EG 286-288).

«  Il y a un style marial dans l’activité évangélisatrice de l’Église. Car, chaque fois que nous regardons Marie nous voulons croire en la force révolutionnaire de la tendresse et de l’affection. En elle, nous voyons que l’humilité et la tendresse ne sont pas les vertus des faibles, mais des forts, qui n’ont pas besoin de maltraiter les autres pour se sentir importants » (288)

Le Pape veut nous dire que l’exemple de Marie, par sa tendresse, son affection, mais aussi son élan et son initiative, nous aide à être vraiment des disciples-missionnaires. Le Pape nous décrit ainsi celle qui sera toujours notre modèle : « Marie est la petite servante du Père qui tressaille. Elle est l’amie toujours attentive pour que le vin ne manque pas dans notre vie. Elle est celle dont le cœur est transpercé par la lance, qui comprend toutes les peines. Comme mère de tous, elle est signe d’espérance pour les peuples qui souffrent les douleurs de l’enfantement jusqu’à ce que naisse la justice. Elle est la missionnaire qui se fait proche de nous pour nous accompagner dans la vie, ouvrant nos cœurs à la foi avec affection maternelle. Comme une vraie mère, elle marche avec nous, lutte avec nous, et répand sans cesse la proximité de l’amour de Dieu ». (286)

Oui, dans toutes les circonstances de la vie, en nous inspirant de Marie, nous pouvons perfectionner notre manière d’être, notre manière d’être missionnaire, notre style missionnaire.

Et pour conclure, comme Marie, nous devons avoir le souci de travailler pour rassembler, et conduire l’humanité vers le Christ. Le Pape le souligne bien en disant que Marie aide les  hommes à se rassembler dans une même famille, elle rend ainsi possible un monde nouveau. Elle est cette mère qui peut conduire vers son Fils tous ses enfants, malgré et avec leurs différences. Ainsi, à son école, nous sommes invités à agir dans ce sens, pour être des artisans de paix et de communion.

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Deux questions pour un partage en petits groupes :

1) A partir de ce que nous venons d’entendre, quel est l’aspect de la mission qui me parle le plus ?

2) Comment Marie m’aide à être vraiment un disciple-missionnaire ?