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Feuillet

Janvier 2018 – n°427

By 2 mars 2018 No Comments

Janvier 2018 – n°427

Tu es mon fils bien-aimé, en toi, je trouve toute ma joie (Matthieu 3, 17 ; Marc 1, 11).
Y a-t-il une phrase plus simplement humaine et plus vraie que celle-là, trouver sa joie dans son enfant bien-aimé ? Nous sommes — comme l’eunuque baptisé par Philippe (Actes des apôtres 8, 26-40) — avec toute notre humanité, avec nos questions, nos angoisses, nos mutilations, nos impuissances. Nous sommes avec nos passions, notre mémoire, heureuse et douloureuse, avec nos espoirs et nos désirs. Et dans ce mouvement qui intègre tout, oui tout de nous-mêmes, cette parole s’adresse à chacun d’entre nous : tu es mon bien-aimé.
Qui oserait dire qu’il n’a pas besoin d’entendre cette déclaration ? Or, Dieu nous la murmure à chaque instant, en cet endroit le plus secret de notre être qui en a le plus besoin. Ce qui fait que nous sommes un tout-petit, la faille qui nous rend tellement vulnérable, démuni ; ce qui fait que nous avons toujours besoin d’entendre un autre qui nous dise en vérité : tu es mon bien-aimé ; ce vide en nous devient le lieu par lequel Dieu peut nous atteindre et nous révéler son amour. Le bain du baptême est le bain dans cette tendresse infinie qui nous submerge. Il nous suffit d’accueillir ce don.
Renonçant à son pouvoir afin de partager notre nature et de nous associer à la sienne, Dieu s’abaisse dans un abaissement qui dure et ne finit pas. Tout au long de l’évangile nous voyons Jésus prendre soin des humains qu’il rencontre, s’incliner devant eux pour les servir. Il inaugure sa vie publique par un geste d’une grande soumission qui préfigure sa Pâque : il se présente à Jean pour être baptisé. L’humilité de Dieu est sans mesure. De même qu’il s’anéantit en se faisant homme ; de même qu’il entre dans le cours du temps en naissant ; de même que fait péché, confondu avec les pêcheurs (2 Corinthiens, 5, 21), il meurt en esclave ; de même que descendu de la croix, tombé en terre, il s’abîme dans les enfers pour y rechercher Adam ; par son baptême Jésus s’enfouit dans les eaux du Jourdain, il plonge dans l’intime de la création. Après son immersion dans l’humain, il lui fallait tremper dans le limon de la terre. Quand Jésus sort de l’eau, le ciel s’ouvre et désormais reste découvert. Terre et ciel se mêlent, l’union de Dieu avec l’homme allie les cieux à la terre. Il n’y a plus l’homme, seul, au sol et Dieu, esseulé, au ciel. Il n’y a plus de distance entre l’homme et Dieu, ni d’écart entre la terre et le ciel.

Ils descendirent dans l’eau tous les deux, et Philippe baptisa l’eunuque (Actes des apôtres 8, 38). Philippe et l’eunuque sont ensemble dans la même eau, plongés tous les deux dans l’unique miséricorde, dans cette communion fraternelle qui efface toutes les distinctions.
En toi, je trouve toute ma joie (Luc 3, 22). C’est dans Jésus son fils, mais aussi dans chaque homme et chaque femme que Dieu trouve sa joie. La joie du Salut n’est pas que pour l’humain sauvé, mais elle se trouve d’abord en Dieu lui-même. De même que dans notre humanité déjà, le sauveteur, le pompier, le maître-nageur peut être aussi heureux que la personne qu’il vient de sauver, ainsi Dieu est comblé, heureux, joyeux des hommes et des femmes qui accueillent son salut. C’est bien en nous, comme dans le Christ, que Dieu trouve toute sa joie. C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion (Luc 15, 7).
L’eunuque baptisé par Philippe repart chez lui “tout joyeux”, conscient qu’il est dès maintenant sauvé. Il a été plongé dans la mort avec le Christ pour vivre désormais avec Lui et pour toujours. Le mal et la mort ne pourront plus l’anéantir. C’est notre foi.