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Feuillet

Avril 2018 – n°430

By 26 novembre 2019 No Comments

Avril 2018 – n°430

Comment aimer ? Que faire quand je ne peux pas aimer ? Mon amour est-il vrai, conforme à la volonté de Dieu ?
“Aimer” est sûrement la grande affaire de notre vie et par conséquent c’est bien aussi le cœur de l’évangile. Il peut nous arriver de nous demander si l’amour que nous éprouvons pour des personnes ne diminue pas ou n’entame pas celui que nous “devrions” à Dieu. L’évangile ne nous dit-il pas qu’il faut préférer Dieu à tous, même à sa parenté ? Y a-t’il concurrence dans mon cœur entre l’amour que je ressens pour les créatures et celui que je veux offrir au créateur ?

“Aimez-vous les uns les autres.” (Jean 13, 34)
L’amour possède cette qualité de se partager sans s’appauvrir et même plus encore de s’enrichir en se distribuant. L’amour que des parents portent à l’un de leurs enfants n’en prive pas les autres frères et sœurs. C’est comme la flamme d’une bougie : elle se transmet sans s’amoindrir, et même alors la lumière augmente. Aimer Dieu et aimer ses frères procèdent du même mouvement et prennent naissance à la même source. L’Écriture nous dit que Dieu est amour et qu’il est l’origine de l’amour. “Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour vient de Dieu. Celui qui aime est né de Dieu et connaît Dieu.” (1 Jean 4, 7) L’homme qui aime est né de Dieu, il n’a besoin de rien de plus pour connaître Dieu.
Aimer est sans adverbe. L’amour ne se dit pas en effeuillant la marguerite : un peu, beaucoup, à la folie, passionnément… Aimer est sans qualificatif, je ne peux pas juger l’amour, ni celui que je donne ni celui que je reçois. L’amour est libre, entier et toujours dénudé, offert, et donc au-delà de toute évaluation.

“C’est moi qui vous ai choisis.
Je vous appelle mes amis.” (Jean 15,15-16)
L’évangile de Jean nous parle du “disciple que Jésus aime”, non pas de celui qui aime Jésus. Avant de vouloir faire la preuve que nous serons capables d’aimer et d’aller jusqu’au bout de l’amour, laissons-nous aimer. Soyons d’abord celui que Jésus aime, et à partir de là, nous pourrons partager aux autres cet amour reçu. L’amour ne peut pas être un slogan, pas même la formule magique d’une religion, parce que en effet, il ne s’agit pas de mots ni de sentiments ni de chansons, mais bien de quelqu’un. L’amour, c’est toujours quelqu’un, une personne que j’aime ou qui m’aime. C’est une élection, un don, ce n’est pas par mérite, ce n’est pas une récompense, c’est gratuit. Seul un autre peut me dire qu’il m’aime et moi aussi je ne peux l’exprimer qu’à quelqu’un d’autre ; dans la fragilité, en tremblant, dans un tête-à-tête libre, en vérité, et toujours dans le risque d’être incompris ou mal accueilli.
Nous sommes, dans la langue française, piégés par les mots “amour” et “aimer”, parce qu’ils sont toujours associés aux sentiments, et nous savons par notre propre expérience que nous ne pouvons pas éprouver des “sentiments d’amour” pour tout le monde et que nous ne sommes pas maîtres de nos affections. Nous pouvons dire que selon l’évangile, ces mots signifient “vouloir aimer”, vouloir le bien, vouloir la vie de l’autre. Si je demeure dans ce désir-là de servir la vie et le bien de l’autre, alors en vérité, je l’aime. Et c’est de cette façon que je peux aimer mon ennemi comme me le commande Jésus : je ne veux pas sa mort mais qu’il vive et je puis aller jusqu’à servir sa vie.

“Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit
en Dieu, mon Sauveur !” (Luc 1, 46)
Être aimé est la source de toute joie. Quelle que soit la situation difficile et angoissante que je doive affronter, si je me sais aimé, alors je trouve la force d’avancer. Je ne suis pas seul, quelqu’un est avec moi, qui veut mon bien, le meilleur pour moi. Aimer est aussi le lieu de la joie. Nous le savons, la solitude devient trop lourde quand nous n’avons plus personne à aimer. Ce n’est pas d’être seul qui nous fait souffrir, c’est de n’avoir plus l’occasion de donner, de partager, d’aimer encore. Nos équipes ont une place essentielle pour nous redonner le goût de la fraternité. La prière quotidienne — même seul mais dans la communion avec les milliers de frères et sœurs du Rosaire — et la réunion mensuelle peuvent devenir le rendez-vous de l’amour et de la joie. Avec Marie, avec le Bon Dieu ! Aimer est la grande affaire de notre vie, l’amour n’a pas d’âge et nous n’en avons jamais assez ni jamais trop.

“Ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, parce qu’elle a montré beaucoup d’amour.” (Luc 7, 47)
Aimer est le lieu de notre salut. C’est par amour que Dieu se donne à nous et son plus grand désir à notre égard — quelques soient nos mésaventures et notre histoire — est que nous l’aimions, alors c’est la joie au ciel.

Il n’y a pas deux amours ; l’amour du ciel et de la terre sont le même, excepté que l’amour du ciel est infini. Quand vous voulez connaître ce que Dieu sent, écoutez le battement de votre cœur et ajoutez-y seulement l’infini.” H.-D. Lacordaire.