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Feuillet

Décembre 2018 – n°437

By 26 novembre 2019 No Comments

Décembre 2018 – n°437

Le Seigneur est toujours là où on ne l’attend pas : quand il vient dans le monde, il naît dans une étable et Marie, humble habitante d’un pauvre bourg de Galilée fût surprise que Dieu se soit penché sur elle. Oui, Dieu surprend, en particulier dans les choix qu’il fait : il choisit Moïse, un bègue pour parler à Pharaon et faire sortir son peuple d’Egypte, il choisit le petit David, simple berger muni d’une fronde pour vaincre le géant Goliath, il choisit Paul, persécuteur de chrétiens pour en faire un apôtre zélé de l’annonce de l’Evangile. Oui, Dieu surprend dans les choix qu’il fait ! Il ne choisit pas les plus forts, les plus doués, les plus brillants, mais il choisit des humbles, des pauvres, des petits et c’est dans la petitesse qu’il vient nous visiter en ce temps de Noël.

Dieu vient habiter la fragilité…
De la crèche à la Croix, Dieu vient habiter la fragilité : fragilité de l’enfant qui vient de naître ; fragilité de l’homme à bout de souffle sur la Croix. Oui, Dieu ne révèle pas sa force dans le tonnerre des éléments, mais dans le souffle d’une brise légère, comme il l’avait déjà montré au prophète Elie sur le mont Horeb : souffle d’une brise légère tel le souffle fragile d’un enfant nouveau-né ; souffle d’une brise légère tel le souffle fragile de celui qui remet l’esprit à l’heure de la mort. C’est là tout le paradoxe d’un Dieu dont la force se déploie dans la faiblesse comme il l’avait dit à saint Paul : “Ma grâce te suffit, ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse” (2 Co 12, 9). L’homme qui ne peut plus compter que sur lui-même ou sur ses propres forces peut ainsi apprendre à s’en remettre à une force qui ne vient pas de lui-même. Il apprend à s’en remettre à la seule force de Dieu comme Jésus, sur la Croix, qui s’en remet à la seule force du Père pour traverser l’épreuve qu’il a à endurer. C’est quand le nouveau-né est nu dans la mangeoire que les mages reconnaissent sa royauté et c’est quand l’homme est nu sur la Croix qu’on reconnait qu’il est roi au point de l’écrire sur cette même Croix. Alors que l’homme est souvent tenté de dissimuler sa fragilité, c’est pourtant souvent quand il est nu et démuni que sa royauté comme son imprenable dignité apparaissent aux yeux de tous.

… pour nous apprendre à oser dire…
Plutôt que de nous replier dans notre carapace par peur de notre fragilité, nous devrions bien plus apprendre à l’assumer pour nous livrer à la seule force de Dieu ! L’enfant de Bethléem, remis dans les bras de Marie et de Joseph est ainsi lui-même remis entre les bras de Dieu. Il rappelle à chacun d’entre nous qu’il n’est pas de vie humaine sans faire l’expérience de la fragilité : alors que nous n’avons pas toutes les qualités ou toutes les compétences et que, dans bien des domaines, nous nous sentons fragiles, Dieu nous fait confiance et il veut venir habiter cette fragilité pour y déployer sa force. C’est là l’expérience de sainte Bernadette qui, malgré son illettrisme et après avoir vu la sainte Vierge, osera dire ce qu’elle a vu. Et alors qu’on ne voudra pas la croire, elle dira qu’elle n’est pas chargée d’y faire croire mais de le dire ! A nous aussi d’apprendre à oser dire les merveilles que Dieu a faites pour nous, au cœur même de notre existence souvent fragile. Bien qu’il ne soit certes pas facile d’oser dire notre foi dans un monde qui l’ignore encore largement, nous ne devrions pas nous réfugier dans une forme de timidité confortable qui ferait taire notre témoignage. Au contraire, même si nos mots sont timides et nos lèvres hésitantes, nous ne devrions pas renoncer à faire entendre la douce brise légère de l’évangile dans les bruits de notre monde.

… ensemble :
Notre cheminement en équipe devrait être une force sur ce chemin de l’“oser dire”, car si nous ne sommes pas seuls, parce que Dieu déploie en nous sa force, nous ne sommes pas seuls, parce que nous avons des frères et sœurs sur lesquels nous pouvons mutuellement nous appuyer. Si moi-même j’ose vous écrire ces quelques lignes, c’est sans doute grâce à eux, mes frères et sœurs d’équipe qui m’ont permis de dépasser mes fragilités et de traverser mes difficultés avant de pouvoir m’exprimer. Finalement, si j’ose dire quelque chose aujourd’hui, ce n’est pas d’abord moi qui ose, mais bien “nous” qui osons dire ensemble ce que nous croyons et en qui nous croyons.