was successfully added to your cart.

Feuillet

Été 2019 – n°444

By 26 novembre 2019 No Comments

Été 2019 – n°444

Lorsque venant de province, j’arrive à Paris, j’ai l’impression de pénétrer dans une bulle de vitesse. Cependant, je m’astreins à ne pas me laisser prendre par l’allure ambiante du parisien moyen. J’essaye de poursuivre mes déplacements sans accélérer le pas afin d’éviter de ressembler à tous ceux et celles qui courent après le temps et sont rattrapés par la vitesse.

La vitesse : une course à la rentabilité coûte que coûte
Lorsqu’il m’arrive de parler avec tel ou telle, je suis surpris de constater que nombreux sont ceux qui suivent la logique de la rentabilité comme loi essentielle de leur vie quotidienne : il convient de perdre le moins de temps possible, d’aller toujours plus vite au risque, calculé disent-ils, de ne pas prendre de repos afin de travailler plus pour gagner davantage. Ils investissent tellement leur travail qu’il n’y a pas de place pour d’autres activités, qu’elles soient personnelles ou familiales : on donne, on se donne jusqu’au mépris de soi et de sa propre santé.
Le don de soi jusqu’au mépris de soi
Cette attitude se rencontre dans tous les milieux professionnels et états de vie, y compris dans l’Église. Vous connaissez tous des prêtres, des religieux, des religieuses ou des laïcs engagés qui font toujours passer le bien de l’autre avant le leur propre. Ils répondent toujours présents aux différentes sollicitations qui leur sont adressées. Ils ne savent pas dire NON. Mais où mène un tel investissement ? On ne compte plus les personnes qui disent leur grande fatigue et celles chez lesquelles est diagnostiquée la maladie de l’époque, le “Burn Out”.

“Le Burn Out : une maladie du don”
C’est le titre du livre du docteur Pascal Ide dans lequel il dresse les symptômes de cette maladie et en décrypte les 10 enchaînements insidieux et mortifères : “1- Bonne forme physique et psychique 2- Fatigue saine 3- Épuisement physique et psychique 4- Adaptation par rigidification 5- Sur-adaptation avec irritation 6- Cynisme et personnalité à cran 7- Caractère survolté, agressif et inapprochable 8- Doute, déconcentration et perte de repères 9- Impression d’incompétence, perte d’estime de soi, signes dépressifs, arrêts de travail sporadiques, malaises physiques, addictions 10- Signes physiques graves, état dépressif majeur, arrêt de travail obligatoire, perte d’emploi, problèmes conjugaux, suicide.”

Les vacances sans le repos
Prendre des vacances n’est pas forcément la solution pour sortir de cet état ou éviter cette maladie. En effet, cette maladie de la grande fatigue due à un surinvestissement dans le don de soi pour le service des autres concerne de plus en plus de personnes à une époque où, paradoxalement, se déploient les propositions de vacances susceptibles de concerner toutes les composantes de la personne : physique, psychique voire aussi spirituelle. Ces propositions sont bonnes, mais il est bien connu que lorsque la période des vacances est terminée, les vacanciers sont toujours aussi fatigués et qu’ils n’ont qu’un souci en tête : organiser les prochaines vacances !

Le repos sans les vacances
Il y a, en réalité, deux sortes de repos : l’un dans lequel les activités changent mais ne reposent pas, l’autre dans lequel les activités peuvent demeurer mais la manière de les vivre est source de repos régénérant car elles sont fondées dans la prière. C’est là tout le sens du passage de l’évangile de Marc où Jésus dit à ses disciples : “Venez à l’écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu”. Mais, en débarquant, Jésus et ses disciples virent “une foule nombreuse que Jésus se mit à enseigner longuement” (Marc 6, 31-34). Ici, alors qu’il invite ses disciples à se reposer mais qu’ils sont rattrapés par la mission à effectuer, Jésus va leur donner le secret du vrai repos : se reposer, ce n’est pas forcément ne rien faire, mais faire tout ce que nous avons à faire, en particulier avoir le souci du prochain en prenant appui sur Jésus lui-même qui nous porte et nous supporte dans tout ce que nous avons à faire.

Se reposer sur Jésus et sur lui seul
C’est en effet ce que nous avons de mieux à faire dans ce temps de vacances qui s’ouvre peut-être pour nous si nous voulons connaître le vrai repos. En vivant tout ce que nous avons à vivre en présence du Seigneur, alors nous connaîtrons “la paix de Dieu, qui dépasse tout ce que nous pouvons imaginer” (Philippiens 4, 7). C’est pourquoi, nous osons dire… reposons-nous… pour vivre moins vite, plus sereins et vraiment reposés !