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Feuillet

Février 2019 – n°439

By 26 novembre 2019 No Comments

Février 2019 – n°439

Oser dire son espérance dans l’épreuve de la maladie, c’est découvrir et témoigner de la présence du Christ dans le quotidien. Être à l’écoute, guetter les clins d’œil de la Providence, c’est ce que j’essaie de faire et ce que je vous partage maintenant.

La maladie, un chemin où une porte reste ouverte pour oser dire : merci Seigneur !
Cette maladie, je l’ai découverte sur l’écran d’un scanner, un jour de janvier. J’étais seule ce jour-là, mon mari était en déplacement. Perturbée, je suis rentrée, et j’ai doublé un marcheur de Compostelle tout près de chez moi. Je n’ai pas fermé le portail, contrairement à mes habitudes, puisque nous habitons un petit hameau isolé.
Quelques minutes plus tard, une sonnerie retentit : c’est mon marcheur qui me demande l’hospitalité, en se recommandant d’une religieuse que je connais. La maison est très grande, je ne peux décemment pas lui dire que je n’ai pas de place. Bernard se présente, il est belge, je le fais entrer. Je ne sais pourquoi, je lui fais confiance et lui dis que l’on vient de me découvrir un cancer alors que jusque-là, personne ne m’avait parlé de cancer. Il me prend les mains et me dit qu’il accompagne les personnes dans ma situation. Nous bavarderons tard ce soir-là. Après un parcours chaotique, Bernard se consacre désormais à aider les personnes en difficulté en les accompagnant sur le chemin de Saint Jacques. Seigneur, ce jour-là, tu as mis Bernard, sur mon chemin. Merci Seigneur !

Même dans les larmes, oser dire : merci Seigneur !
Quelques jours plus tard, je consulte le médecin traitant pour envisager la suite avec lui. Il me dit qu’il faut opérer rapidement, mais il n’arrive pas à obtenir de rendez-vous. Je téléphone de mon côté et j’obtiens directement la secrétaire du professeur qui fixe le rendez-vous au lundi suivant. Nous serons début février, je peux donc participer au comité de rédaction des feuillets des Equipes du Rosaire à Notre Dame de Laghet, où je me ressource avant l’aventure hospitalière. Merci Seigneur !
Ensuite c’est l’hôpital, et 3 interventions lourdes à 3 semaines d’intervalle. Réveil douloureux, je suis branchée de partout, perfusée, drainée et tubée, immobilisée sur le dos, nourrie par perfusion pendant 15 jours. Je reçois le sacrement des malades et la communion. La douleur est là, terrible, lancinante, elle ne me laisse pas de répit. Difficile, Seigneur de prier, mais tu es là, c’est une certitude intime, profonde et réconfortante, je m’abandonne et t’offre ma pauvre prière douloureuse. Certaine de ta présence, je suis sereine, je n’ai pas peur. Quand le chirurgien m’a confirmé que c’était un cancer, j’ai appelé mon mari en pleurs, nous avons pleuré tous les deux et cela m’a libérée, nos enfants sont informés. Tous me soutiennent. Merci Seigneur !

Pour aujourd’hui et pour demain :
merci Seigneur !
Seigneur je t’ai donné ma vie, ton heure sera la mienne. Je ressens un profond apaisement, je suis comme libérée des contingences de ce monde, tu me donnes des grâces et je te remercie tous les jours, elles nourrissent cette espérance, cette paix intérieure. C’est extraordinaire, je crois que je n’ai jamais été aussi heureuse. Je peux aussi accompagner mes enfants plus inquiets que moi, car il faut bien préparer l’avenir et l’absence, prendre quelques dispositions patrimoniales, tout cela Seigneur, dans la confiance et l’espérance. Avec ma maladie, les dissensions familiales ont disparu, mes enfants et mon mari sont là. Beaucoup prient pour moi. Avec humour je découvre que l’on prie pour moi sur trois continents, Amérique, Afrique et Europe. Merci Seigneur !
Je suis en chimiothérapie depuis, avec sa cohorte de malaises et de désagréments. J’étais à 130 à l’heure, je suis à 50 à l’heure quand ce n’est pas à 30. Seigneur tu m’aides à prier, à contempler, à méditer, à prendre le temps. Dépouillement, abandon, renoncement, humilité, quel chemin ! Merci Seigneur !
J’apprends du médecin à qui je demande mon “avenir” que je suis carcinorésistante, je serai donc en chimio le temps qu’il me reste à vivre. Qu’importe, c’est un temps que le Seigneur me donne pour préparer notre rencontre. J’apprends aussi que cela peut durer 7 à 10 ans, c’est considérable, je verrai grandir mes enfants et petits-enfants. Pour ce temps donné, Merci Seigneur !
Mon fils a été confronté il y a 5 ans à un cancer, sa femme étant enceinte de 5 mois d’un premier enfant. Il était dévasté par l’angoisse. Au téléphone avec lui j’ai approché la douleur de Marie au pied de la Croix. J’ai beaucoup plus souffert moralement et affectivement à l’époque que maintenant. Mon fils est sorti d’affaire. Merci Seigneur !
Oui j’ose dire mon espérance dans l’épreuve de la maladie. “Au long du jour, le Seigneur m’envoie son amour” (Ps 41, 9).