was successfully added to your cart.

Feuillet

Octobre 2018 – n°435

By 26 novembre 2019 No Comments

Octobre 2018 – n°435

Au commencement, dans la Bible, quand Dieu cherche Adam et lui dit “où es-tu ?”, l’homme va se cacher et s’enferme dans le mutisme, en n’osant rien dire. La question de Dieu au commencement n’avait pourtant qu’un but : susciter la parole de l’homme, faire que l’homme ose dire quelque chose à son créateur.
Sortir de notre silence, voilà ce à quoi nous invite notre nouveau thème d’année ! Dieu, en effet, comme dans la Genèse, mendie notre parole. Il n’a qu’un désir : que nous osions lui dire quelque chose et que nous puissions parler les uns avec les autres !

Des paroles anciennes…
Parler, oser dire quelque chose, cela ne semble pas très facile et cela n’est pas donné à tout le monde a priori. Pour oser dire et nous mettre à parler, il faut bien reconnaître que nous sommes souvent pauvres : pauvres pour oser prendre la parole et pauvres en mots. Quand Marie chante son Magnificat au début de l’Evangile, son chant est tissé de paroles anciennes, dites précédemment par nos Pères dans la foi. Marie les reprend à son compte : il y a en effet du cantique d’Anne, la mère de Samuel, dans le chant d’action de grâce de Marie. L’une dit : “mon cœur exulte à cause du Seigneur” quand l’autre dit : “mon âme exalte le Seigneur”. L’une dit : “mon front s’est relevé grâce à mon Dieu” quand l’autre dit : “il élève les humbles”. Oui, quand Marie chante son Magnificat au début de l’Evangile, elle reprend des paroles anciennes qui lui font oser dire quelque chose, alors qu’elle était pauvre en mots pour exprimer sa joie et son allégresse. Comme pour Marie, la Parole de Dieu que nous méditons chaque mois nous aide à prendre la parole et à oser dire quelque chose à Dieu et sur Dieu à partir des mots mêmes que Dieu nous donne dans sa Parole. C’est bien ce que nous faisons à chaque messe : “comme nous l’avons appris du Sauveur et selon son commandement nous osons dire : Notre Père”. A l’exemple de Marie dans son Magnificat, si à chaque messe “nous osons dire”, c’est bien parce que nous recevons les mots mêmes de Jésus pour nous adresser au Père. Ainsi parler, oser dire, c’est donc dans un premier temps, reprendre des paroles dites il y a bien longtemps à nos pères pour que leurs mots deviennent nos mots.

… à nos propres mots
Cependant, si parler c’est s’inscrire dans une parole déjà donnée, Dieu ne nous demande pas pour autant d’être de simples répétiteurs. Si Dieu nous donne des mots, c’est pour que nous advenions à une parole vraiment personnelle. C’est bien, là encore, ce que fait Marie quand elle chante son Magnificat : quand elle entonne son cantique d’action de grâce, si elle s’inspire de paroles anciennes, elle en fait cependant un cantique vraiment unique, un chant singulier et très personnel, jamais entendu jusque-là de cette manière. Si Marie ose une parole aussi personnelle, c’est parce qu’elle reconnaît que la vie vient de Dieu et de lui seul et non pas de tel ou tel groupe particulier. Elle ose ainsi une parole vraiment libre, car proclamer “il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles”, ne devait pas plaire à tout le monde ! En ce sens, oser parler, comme le fait Marie dans son Magnificat, c’est oser assumer une parole qui dérange, qui crée une distance entre moi et celui qui m’écoute. Oser dire, c’est ainsi oser sortir de l’illusion du fusionnel qui voudrait faire croire que l’autre peut se réduire à moi ou moi à lui. Sortir de cette illusion c’est entrer résolument dans une relation qui respecte ma liberté comme celle de l’autre. C’est accepter que l’autre ne soit pas moi, qu’il y aura toujours un écart entre l’autre et moi. C’est là que la parole devient nécessaire pour surmonter cette distance en faisant entrer dans une relation de dialogue qui assume les différences. Oser dire devient ainsi nécessaire pour, par-delà ce qui nous sépare encore, construire la communion entre les uns et les autres en faisant naître une fraternité nouvelle. C’est bien là ce que suggère Jésus, quand il dit : “ma mère, mes frères, ce sont ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la gardent”. Garder la Parole, comme nous allons le faire maintenant en méditant notre feuillet, c’est se garder en état d’“oser dire” pour qu’une communion fraternelle réelle devienne possible entre nous.